The Hill Times - Société faible en carbone : le béton est à la hauteur du défi

Les gouvernements prévoient consacrer des centaines de milliards de dollars en dépenses d’infrastructure au cours des dix prochaines années, un investissement caractérisé par les élus comme un stimulant à court terme pour répondre à d’ambitieux besoins sociaux, économiques et environnementaux à plus long terme.

Il est difficile d’imaginer le succès d’une telle initiative sans tenir compte du béton. Les activités liées à notre industrie contribuent à l’économie à hauteur de 73 milliards de dollars par année, assurant près de 151 000 emplois partout au pays. Le béton est, de loin, le matériau de construction le plus utilisé sur la planète, soit deux fois plus que tous les autres matériaux combinés. Qu’il s’agisse de bâtiments, de routes, de transports en commun, d’égouts, d’aéroports ou de centrales électriques, la plupart des projets d’infrastructure publique ne pourraient être construits sans béton.

Bien que le béton soit déjà reconnu pour sa solidité, sa durabilité, sa résilience et sa polyvalence, notre secteur se démarque de plus en plus comme chef de file des technologies propres, offrant l’opportunité à notre pays de mener à bien sa transition vers un environnement bâti faible en carbone et résilient face aux changements climatiques.

Les gouvernements, qui achètent plus de la moitié de tous les matériaux de construction consommés au Canada, commencent à reconnaître l’importance d’aligner les achats d’infrastructures publiques avec la nécessité de réduire les émissions de GES et de s’adapter aux changements climatiques. A titre d’exemple, le plan climatique de la Colombie-Britannique privilégie l’utilisation de Contempra, un ciment de même prix qui fonctionne exactement comme le ciment régulier, mais réduit les émissions de GES de 10%. A l’échelle nationale, cette opportunité de réduction se chiffrerait à une mégatonne, sans coût additionnel. En Ontario, où l’élimination des centrales électriques alimentées au charbon est toujours considérée comme la plus importante mesure de réduction des émissions de GES en Amérique du Nord, le gouvernement a tourné son attention vers notre secteur pour l’aider à passer du charbon à des alternatives plus faibles en carbone, ce qui pourrait permettre au secteur de réduire ses émissions de GES d’un autre 20%. A l’échelle des collectivités à travers le Canada, les propriétés uniques du béton (masse thermique, résistance au roulement plus faible, etc.) jouent un rôle clé dans les bâtiments à consommation net-zero, les infrastructures résilientes aux changements climatiques et les routes et autoroutes faibles en carbone.

À elles seules, ces avancées sont significatives. Mais dans le cadre d’une transition pancanadienne vers une économie propre, le béton s’avère la première solution d’une nouvelle catégorie de technologies appelée utilisation du CO2 (CO2U), ce qui change les règles du jeu. Ces technologies utilisent le dioxyde de carbone postindustriel comme ingrédient pour la

fabrication de produits de valeur. Selon un rapport récent de l’organisation The Global CO2 Initiative, ce CO2U se traduirait en une nouvelle valeur marchande de 1,1 billion de dollars et pourrait réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre de 15% d’ici 2030.

Le Canada détient l’opportunité exceptionnelle de mener les efforts mondiaux en s’appuyant sur de solides bases en technologies CO2U. Par exemple:

CarbonCure Technologies, à Halifax, a mis au point une technologie qui capture le dioxyde de carbone des processus industriels et l’injecte dans le béton pour le rendre plus fort et plus écologique. Présentement disponible sur le marché, la technologie de CarbonCure est utilisée par près de 60 cimenteries et détient un potentiel de croissance important au Canada et pour les exportations.

Solidia Technologies® est un procédé basé sur la carbonatation qui réduit l’empreinte carbone du béton jusqu’à 70% et la consommation d’eau de 60 à 80% tout en améliorant les autres caractéristiques de performance du béton.

Pond Technologies utilise le CO2 du processus de fabrication du ciment pour produire des algues qui peuvent être converties en biocarburants et autres produits faibles en carbone comme les aliments pour animaux, les amendements de sol et les produits pharmaceutiques / nutraceutiques.

• D’autres opportunités reliées au CO2U incluent la séquestration du CO2 dans les déchets minéraux provenant d’autres secteurs industriels pour créer un agrégat «gazéifié» qui peut réduire les impacts environnementaux de deux façons: en remplaçant les granulats vierges dans le béton tout en stockant des quantités importantes de CO2.

La question d’importance fondamentale pour le gouvernement est de savoir comment sécuriser et capitaliser le leadership du Canada au sein de cette niche de l’économie propre, de sorte que le pays profite pleinement d’être à l’avant-garde de ces innovations. Bien que la tarification du carbone soit une partie essentielle d’une telle stratégie, cela demeure insuffisant. En tant qu’acheteur principal, directement ou indirectement par le biais de transferts aux provinces et aux municipalités, le gouvernement fédéral doit également façonner les décisions d’approvisionnement afin de favoriser les produits faibles en carbone. Il en découlera trois avantages clés:

• Premièrement, cela réduira les émissions de GES dans l’ensemble de l’économie.

• Deuxièmement, cela favorisera les exportations et les marchés intérieurs (plutôt que de les retarder) pour ces produits ainsi que les technologies qui les soutiennent – une stratégie que l’Ontario poursuit déjà.

• Enfin, en s’assurant que tous les projets d’infrastructure qui reçoivent des fonds publics tiennent compte des impacts économiques et environnementaux sur l’ensemble de leur cycle de vie, les gouvernements pourront aligner leurs priorités environnementales sur l’optimisation des ressources.

En clair, ces mesures contribueront à une meilleure utilisation des ressources allouées aux infrastructures publiques, réduiront les émissions de GES et créeront une vague d’innovation et de création d’emplois durant la période de transition vers une économie propre.

Michael McSweeney
Président et chef de la direction
Association Canadienne du Ciment

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